Exposition


Denis Savary
Quiet Clubbing

Du 17 mai au 23 août 2024
Vernissage, jeudi 16 mai 2024, de 18h à 21h (Nuit des Bains)

Chacune des œuvres de Denis Savary est le fruit de recherches approfondies sur des champs aussi variés que l’histoire, l’histoire de l’art, la littérature et parfois même la science. Il en résulte des pièces aux références croisées, dont l’hybridation se joue également au niveau technique. Savary aime collaborer avec des artisan.e.s issu.e.s de différents corps de métiers (verre, menuiserie, céramique, tapisserie, etc.), l’occasion pour lui d’explorer des savoir-faire et d’expérimenter des techniques. De prime abord éclaté, son travail produit un monde foisonnant et hétéroclite, parcouru d’objets chargés d’une multitude de mythologies, patchwork de souvenirs personnels et de références – tant littéraires, musicales et historiques que folkloriques –, transformées ou réinterprétées.
Cet entrelac de mentions constitue une archive mentale, une sorte de bibliothèque sans hiérarchie composée d’extraits, de flashbacks et de raccourcis entre histoire de l’art et personnalités littéraires, entre fascination pour certaines techniques artisanales et informations scientifiques. C’est dans cette recherche ludique et générique que se situerait, a priori, le travail de Savary : il s’agirait de mettre l’emphase sur la fabrication des objets avant que ceux-ci ne se transforment en œuvres d’art. Le processus est donc fondamental, comme un système de recherche, à la fois empirique et expérimental, un mouvement sans fin de la pensée. Si la production est réalisée en amont, ces nouvelles propositions risquent encore, au moment de l’accrochage, d’être retravaillées, recombinées et modifiées. Savary fait partie des artistes qui favorisent le continuum au définitif, une manière d’échapper à la finitude de l’œuvre, de rester curieux et réceptif à de nouveaux récits.

Le titre même de son exposition, Quiet Clubbing, sert de fil rouge à plusieurs éditions qui se rejoignent dans une atmosphère nocturne et festive, traversée de jets de lumières, de jeux de transparence et de mouvements dansants : un ensemble d’objets en verre, une vidéo et une série d’affiches. Les objets de Savary, transformés et décalés, à la fois chargés de références et modifiés par des manipulations techniques poussées aux limites de la faisabilité, sont le produit d’un plaisir sensuel du savoir-faire et de la matière manipulée. Savary n’inventerait-il pas des objets ultra-pop, sortes de jouets géants, irréels, qui construisent, d’une exposition à l’autre, un théâtre des étrangetés ?

Pour l’édition du CEC, Campfire, Savary a convoqué l’image du feu de bois. Cette édition forme une série desept objets en verre produits par l’atelier du maître verrier Vincent Breed, à Brussieu, dans le Lyonnais, avec qui Savary collabore depuis 2013. Le choix du feu de camp permet d’évoquer une des origines du verre. Selon Pline l’Ancien, le premier verre aurait été formé par accident, environ 2000 ans av. J.C., par des marchands de nitre (carbonate de sodium) phéniciens qui allumaient un feu sur une plage. La chaleur dégagée par le feu, mise en contact avec le nitre et la silice contenue dans le sable auraient causé une réaction chimique et permis la formation du verre.

L’idée de ce projet remonte à 2021, alors que l’artiste entamait une session de travail expérimental autour du verre. Une des collaborations menées par Denis Savary et le maître verrier consistait à couvrir de verre en fusion différents objets en bois, puis d’en récupérer le moulage.

C’est en suivant ce même procédé que Savary a conçu son édition. Les sept formes uniques ont été réalisées comme un challenge technique : reproduire en verre un feu de camp construit avec des éléments en bois. Il s’agissait de recouvrir ce matériau hautement inflammable de verre en fusion et d’en obtenir une empreinte : détruire et créer par le feu, faire émerger de cette matière incandescente une silhouette en verre, transparente, liquide, un fantôme qui contiendrait les traces, l’âme du bois et du feu – une prouesse qui évoque l’alchimie, l’artiste comme alchimiste. Ces objets en verre, aquatiques, produisent des effets de diffractions lumineuses qui répondent à une série d’images installées en panorama : aurores boréales vues d’une plage enneigée, entre ciel et mer, entre l’ombre de la nuit du Grand Nord et les vagues de lumières spectrales et iridescentes des aurores.

Ce passage à la lumière s’inverse dans une nouvelle vidéo produite spécialement pour cette exposition, Blood on the dining room floor, réalisée avec l’assistance de Geoffrey Cottenceau, pour la photographie, et de Nicolas Ponce, pour le montage. Les premières secondes laissent croire à une vidéo d’animation 3D rappelant les mouvements lents et légèrement saccadés des écrans de veille d’ordinateurs obsolètes. Puis, petit à petit, on entre dans l’image comme dans une salle obscure où l’œil peine à se repérer, à discerner les formes et les objets. Des éléments d’architectures apparaissent progressivement à la lumière des spotslights d’une discothèque, mais rapidement on comprend que cet espace n’est qu’illusion. En effet, l’unique objet de la vidéo est l’une des trois maisons miniatures que Denis Savary a présenté à la galerie Bernheim, à Zurich, en 2021 (Ithaca). Devenue surface de projection, elle accueille sur ses murs une autre vidéo, Le Must, que Savary a réalisée en 2004 et qui décrit, en image fixe, un light show à l’intérieur d’une boîte de nuit. Il s’agissait du motif central de son exposition personnelle Baltiques, en 2012, à la Kunsthalle de Berne. Cette mise en abyme dissimule en réalité un jeu volontaire d’inversion, de mouvements et de passages, de l’intérieur vers l’extérieur (inside out), sorte d’interpénétration des espaces privés et publics.
Blood on the dining room floor emprunte son titre au premier roman policier de Gertrude Stein écrit après le succès de L’Autobiographie d’Alice B. Toklas. Vivant recluses avec sa compagne, Alice, dans le village de Bilignin, en France, Stein entreprend l’écriture de ce roman en s’inspirant des faits divers et des intrigues de la vie de ce petit hameau. Sa maison de campagne devient alors un lieu d’où Stein pouvait observer ce microcosme, plein de violences sous-jacentes.

Avec cette vidéo, Savary revient sur une période spécifique de son travail, celle des vidéos produites au début des années 2000 qui, pour la plupart, étaient filmées depuis ou dans l’environnement immédiat de sa maison familiale. Réalisée en miniDV, un mode de production révolu, ces vidéos représentent une époque où la maison servait d’atelier et de base d’observation du monde. Curieusement, parmi les maisons miniatures de la série Villa, celle choisie pour Blood on the dining room floor ressemble à la maison dans laquelle a grandi l’artiste.

Dans sa version réalisée pour le site du CEC, la vidéo est accompagnée d’une pièce sonore éponyme, le résultat d’une commande faite aux artistes compositrices Maria Esteves et Mathilde Hansen. Le son et l’image sont fusionnés, mais semblent a priori en décalage, comme une danse off the beat. Ce n’est que progressivement que le mouvement ralenti de la maison révèle la complexité d’un son House, multipiste, d’où émerge une voix qui scande des extraits du roman de Gertrude Stein. La vidéo dissimule un jeu de mots, entre le style musical, la House, et le sujet central du film, la maison d’enfance de l’artiste.

Entraînée dans un mouvement de rotation, la Villa de la vidéo Blood on the dining room floor rappelle les boules à facettes des dancefloors qui projettent des rayons lumineux et colorés : un light show, comme le pendant festif aux aurores boréales des affiches de Quiet Clubbing ou aux reflets mystérieux pris dans la transparence des objets en verre de l’édition Campfire.

Denis Savary (1981) vit et travaille à Genève. Son travail a été présenté à l’occasion de nombreuses expositions personnelles, comme récemment : Josy’s Club, avec Pierre-Olivier Arnaud, Synagogue de Delme, Delme (2023) ; Octogone, avec Chloé Delarue, Mayday, Bâle (2023) ; Flower of Fog, GNYP Gallery, Berlin (2022) ; Ithaca, Galerie Maria Bernheim, Zurich (2021) ; Ambarabà Cicci Cocco, avec Alfredo Aceto, Stiftung Kunst Halle Sankt Gallen, Saint Gall (2021) ; Ventimiglia, Galerie Maria Bernheim, Londres (2021) ; Phantom, Lemme, Sion (2021). Parmi ses nombreuses expositions collectives récentes, citons : Temps de Mars, Musée des Beaux-Arts, La Chaux-de-Fonds (2024) ; The Big Chill, Galerie Maria Bernheim, Londres (2023) ; Mirage, MCBA, Lausanne (2023) ; Deep Deep Down, MUDAM Luxembourg, Luxembourg (2023) ; The Puppet Show, Centre d’art contemporaine, Genève (2022) ; Inventaire, Mamco, Genève (2021) ; Ballard in Albisola, Casa Jorn House, Albisola (2021) ; La Suite – Regards sur les artistes des collections des Frac, Institut d’art contemporain, Villeurbanne (2021) ; Body Double, Galerie Maria Bernheim, Londres (2021). En 2024, le travail de Denis Savary fera l’objet de plusieurs expositions personnelles et collectives : Fonderia Artistica Battaglia, Milan ; Denis Savary, Galerie Maria Bernheim, Londres ; Roma, Roma, Roma, Rolex Learning Center, Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. En 2025, il sera exposé au KBCB Kunsthaus Biel Centre d’art, Bienne.                               

À Venir

Denis Savary

Quiet Clubbing

Du 17 mai au 23 août 2024

Vernissage, jeudi 16 mai 2024, de 18h à 21h (Nuit des Bains)

Le CEC participe à Mini VOLUMES 2024

Samedi 8 juin 2024

Rampe du Löwenbräukunst
Limmatstrasse 268
Zurich

De 12h à 20h